dimanche 1 avril 2012

La Tenségrité et l'effet énergétique des "passes magiques"




(...) L'opinion personnelle de don Juan était que la pratique des passes en longs groupes présentait un avantage manifeste : elle contraignait les shamans initiés à exercer leur mémoire cinétique. Il considérait le recours à la mémoire cinétique comme un réel bienfait, découvert un peu fortuitement par ces shamans, et dont l'effet le plus remarquable était de faire taire le bruit de la pensée : le dialogue intérieur.
Don Juan m'avait expliqué que c'est en nous parlant à nous-mêmes que nous renforçons notre perception du monde et que nous la maintenons fixe, à un certain niveau de fonctionnement et d'efficacité.
"L'espèce humaine tout entière, me dit-il un jour, stabilise son fonctionnement à un niveau déterminé d'efficacité au moyen du dialogue intérieur. Le dialogue intérieur est la clé qui maintient le point d'assemblage à l'endroit stationnaire commun à toute la race humaine : à hauteur des omoplates, à une longueur de bras de distance en arrière.
"C'est en réalisant le contraire du dialogue intérieur, c'est à dire le silence intérieur, ajouta-t-il, que les praticiens parviennent à rompre la fixation de leur point d'assemblage, acquérant ainsi une extraordinaire fluidité de la perception."
La pratique de la Tenségrité a été organisée autour de l'exécution de longs groupes, rebaptisés séries (...) Pour parvenir à cette organisation, il a été nécesaire de restaurer le critère de saturation qui était à l'origine de la création de ces groupes longs. (...)
Le rétablissement du critère de saturation par la pratique de longues séries de passe a eu pour résultat d'engendrer ce que don Juan avait déjà défini comme l'objectif moderne des passes magiques : le redéploiement de l'énergie. Don Juan était d'ailleurs convaincu que tel avait toujours été le but non déclaré des passes magiques, même à l'époque des anciens sorciers. (...) De toute évidence, ce qu'ils recherchaient avidement et qui leur procurait une sensation de bien-être et de plénitude lorsqu'ils pratiquaient les passes magiques, c'était essentiellement l'effet de l'énergie inutilisée réintégrant les centres vitaux du corps.
(...)
A tous autres égards, la manière dont la Tenségrité est enseignée est une reproduction fidèle de la méthode par laquelle don Juan a appris les passes magiques à ses disciples. Il les submergaient de détails et les laissait étourdi par le nombre et la diversité des passes magiques qu'il leur enseignait et par l'idée que chacune d'elles, individuellement, était un chemin vers l'infini.
(...)
L'impression que ressentent ceux qui pratiquent aujourd'hui la Tenségrité correspond exactement à ce que nous éprouvions, les autres disciples de don Juan et moi-même, lorsque nous avons commencé à pratiquer les passes magiques. Ils sont déconcertés par la multitude des mouvements. A mon tour, je leur répète ce que don Juan me redisait sans cesse : le plus important est de pratiquer toute séquence de la Tenségrité mémorisée. La saturation qui s'opère finira par produire les résultats recherchés par les shamans de l'ancien Mexique : le redéploiement de l'énergie et ses trois effets concomitants - la suspension du dialogue intérieur, l'accession au silence intérieur et la fluidité du point d'assemblage.

Carlos Castaneda, Passes magiques, 1998. Editions du Rocher, 1998, traduction Emmanuel Scavée, pages 32-34

Voir ausssi le précédent billet.

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