samedi 3 avril 2010

Retrouver le mystère du monde. Carlos Castaneda




Chaque fois que nous finissons de nous parler, le monde est toujours tel qu'il devrait être. Nous le renouvelons, nous lui insufflons de la vie, nous le soutenons de notre bavardage intérieur. Et ce n'est pas tout, nous choisissons aussi nos chemins comme nous parlons à nous-mêmes. Par conséquent, nous répétons toujours et toujours les mêmes choix jusqu'au jour où nous mourons, cela parce que nous continuons toujours et toujours à répéter le même bavardage intérieur jusqu'au jour où nous mourons.
- Comment puis-je cesser de me parler ?
- En premier lieu tu dois faire usage de tes oreilles pour les charger d'une part du fardeau de tes yeux. Depuis le jour de notre naissance nous utilisons nos yeux pour juger le monde. Nous parlons, aux autres et à nous-mêmes, en termes de ce que nous avons vu. Un guerrier est conscient de cela, et il écoute le monde. Il écoute les sons du monde.
(...) Le monde est comme ci ou comme ça parce que nous disons qu'il est ainsi. Si nous cessons de nous dire que le monde est comme ça, le monde cessera d'être comme ça (...) tu dois commencer à dé-faire très lentement le monde. (...) Ton problème est que tu confonds le monde avec ce que les gens font (...) jamais nous n'apprenons que les choses que nous faisons en tant qu'hommes sont seulement des boucliers, ce qui fait que nous laissons ces choses dominer et écraser nos vies. En fait je pourrais dire que pour l'humanité ce que font les gens est plus conséquent et plus important que le monde lui-même.
- Qu'appelez-vous le monde ?
- Le monde est tout ce qui est enfermé ici, dit-il, et il frappa du pied par terre. La vie, la mort, les gens, les alliés, et tout ce qui nous entoure. Le monde est incompréhensible. Nous ne le comprendrons jamais. Nous ne dévoilerons jamais ses secrets. Nous devons le traiter comme tel qu'il est, un mystère absolu !

Carlos Castaneda, Voir, 1971. Traduction Marcel Kahn, éditions Gallimard, 1973, collection Folio/Essais, impression 1998, pp.281-283

2 commentaires:

  1. "Voir" fut le premier ouvrage de Castaneda que j'ai lu : il reste mon préféré. Je vois que vous êtes un grand lecteur de lui, permettez que je vous transmette le lien d'une interview de Castanada réalisée par celui qui me l'a fait découvrir (Hector Loaiza) en 1983. Assez inédite. J'ai mis le lien dans mon pseudo si ça ne passe pas ici.
    Merci pour les billets. Tous les 7 ou 8 ans je relis entièrement les 8 premiers ouvrages de castaneda et j'y découvre et interprète des choses nouvelles à chaque fois. La prochaine fois c'est bientôt ;)

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    1. "VOIR" - premier ouvrage de Castaneda lu, idem pour moi ! Je ne connaissais pas les interviews d'Hector Loaiza (merci!), bien qu'il existe pas mal d'interview de Castaneda, qui apportent toujours un point de vue intéressant sur l'oeuvre!

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